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La « gestion de la chaîne de la demande » des épiciers

La « gestion de la chaîne de la demande » des épiciers

Les récentes percées technologiques et l’innovation dans la chaîne d’approvisionnement ont incité les épiciers à devenir plus efficaces et à tirer profit de l’économie actuelle de l’immédiat.

par Sylvain Charlebois, professeur, Rowe School of Business, Université de Dalhousie

La société Amazon vaut maintenant 1 trillion de dollars américains. Apple, la seule société ayant une capitalisation boursière supérieure, a atteint ce niveau après 38 ans en tant que société cotée en bourse. Amazon l’a fait en 21 ans. C’est une histoire remarquable qui met en évidence la nature perturbatrice du commerce de détail d’aujourd’hui. Depuis un certain temps, faire face à la concurrence devient de plus en plus compliqué pour la plupart des détaillants. Toutefois, depuis qu’Amazon a acquis Whole Foods l’année dernière, les épiciers se demandent comment ils peuvent faire face à une entreprise qui opère selon des règles stratégiques très différentes.

La société Amazon est une bizarrerie financière lorsqu’on la compare à des épiciers canadiens cotés en bourse. Plus tôt cette année, Amazon a annoncé des bénéfices avec des ventes impressionnantes de 51 milliards de dollars en un trimestre, une hausse de près de 43 % par rapport à l’année précédente. Cependant, son bénéfice net s’élevait à peine à 1,6 milliard de dollars. La croissance chez Amazon se traduit par des dépenses élevées. Sa marge de profit est d’un pour cent. Et la société n’a jamais versé de dividende, pas une seule fois. Néanmoins, le prix de son titre est supérieur à 2 000 $. Ce sont des chiffres auxquels tout épicier ne peut que rêver.

L’accent sur le consommateur

Le succès d’Amazon n’est cependant pas simplement dû à la chance. Premièrement, Amazon concentre ses efforts sur ses clients avec une précaution extrême. C’est une véritable pierre angulaire pour l’entreprise. Amazon a adopté les principes de la gestion de la chaîne de demande, qui a mis indiscutablement l’accent sur la proposition de valeur pour l’utilisateur final, le client. Le marché dicte comment la chaîne d’approvisionnement doit s’aligner sur les moindres besoins et désirs du marché en partageant les données. En effet, cet objectif est atteint en démocratisant les données, ce qui améliore la réceptivité aux nouvelles idées. L’autre facteur qui a fait d’Amazon la locomotive que nous connaissons aujourd’hui est la façon dont elle exécute tout ce qu’elle fait. Efficacité de la livraison, gestion de l’inventaire en sous-traitance et logistique interne – Amazon est une magicienne des opérations. Bien que 82 % des ventes d’Amazon proviennent de tiers vendeurs, la plupart des commandes sont livrées en une heure, une journée ou deux jours, grâce à sa propre logistique.

Avec l’acquisition de Whole Foods, l’exécution était plus qu’impressionnante. Le lendemain même de l’approbation de la transaction, les magasins Whole Foods affichaient des icônes annonçant qu’Amazon faisait maintenant partie de leurs activités. Son précieux programme Prime a également été déployé comme par magie. Par rapport à Amazon, les épiciers ont été assez conservateurs à l’égard de la mise en œuvre de changements. La plupart des épiciers du pays ont mis plusieurs douloureuses années à adopter de nouveaux progiciels de gestion intégrés (PGI), ce qui, pour Amazon, se fait tout naturellement. Les épiciers s’améliorent, mais l’augmentation de leurs revenus reste un défi.

Convergence de l’offre

Certes, la croissance n’est jamais acquise dans le secteur de l’épicerie, en particulier dans les conditions actuelles du marché. Le rapport entre la façon dont les épiciers servent le public et l’émergence de la guerre multicanaux a en effet capté l’attention ces derniers temps. Il s’agit de la convergence des nombreuses façons utilisées par les entreprises pour se connecter au consommateur. Il est maintenant tout aussi important de relancer le marché que d’être prêt à servir les consommateurs désireux de dépenser leur argent à domicile. Les épiciers commencent tout juste à se diversifier en empruntant les directions suivantes : livraison en ligne, cliquer et ramasser, trousses de repas, repas à emporter, restos-boutiques; n’importe quoi et tout est sur la table. Servir le public et respecter les traditions tout en acceptant le changement n’a pas été chose facile pour les épiciers.

Aujourd’hui, cependant, un nombre croissant de dirigeants et d’influenceurs sur le terrain ont commencé à reconnaître la nécessité de travailler avec des personnes externes à leurs propres entreprises. L’alignement de la chaîne d’approvisionnement est essentiel pour innover et réagir rapidement aux nouvelles menaces, tout en créant aussi des opportunités. Nous avons assisté à la création récente de quelques partenariats, notamment entre Sobeys et Ocado au Royaume-Uni dans le commerce électronique, Metro et Miss Fresh avec des trousses-repas, et d’autres viendront très certainement. De nos jours, la croyance prédominante est simplement qu’une entreprise doit rapidement rattraper ces changements stratégiques, sinon elle sera tout simplement éliminée.

Les réseaux et les chaînes d’approvisionnement sont construits sur la base d’une utilisation efficace des données à tous les niveaux. Cependant, la science des données et le secteur de l’épicerie ne sont pas synchronisés ces dernières années. Les épiciers ont beaucoup de données, vraiment trop, ou trop pour que la plupart d’entre eux puissent les gérer. L’information existe, mais elle est rarement gérée avec l’intention de la partager et de consolider les partenariats tout au long de la chaîne de valeur. Les choses évoluent lentement, mais à un rythme de glaciation.

Des partenariats pour la réussite

L’amélioration de la chaîne d’approvisionnement et des pratiques logistiques peut aider le secteur de nombreuses manières. Par exemple, les marques maison sont un défi majeur qui affectera l’industrie de l’épicerie dans un avenir proche. Amazon est la plaque tournante de la demande en ligne et, à mesure que la société s’appuie sur sa présence physique dans les magasins, il devient plus facile de lancer ses propres produits de marque maison. C’est une menace importante pour les épiciers du monde entier, y compris du Canada. En déployant une stratégie de marque privée plus agressive, les épiciers peuvent augmenter leurs marges, mais ils peuvent surtout mieux contrôler la chaîne d’approvisionnement en travaillant avec des partenaires dont le seul rôle est de soutenir une marque qu’ils possèdent. Avec davantage de gestion de données qui mettront l’accent sur les pratiques de gestion de l’offre, nous nous attendons à ce que les marques privées dominent dans un avenir rapproché. En retour, ceci contribue également à maintenir des prix bas pour les consommateurs, ce qui rend un certain nombre de produits plus attrayants.

L’utilisation de l’intelligence artificielle, ou robotique, devient également une réalité généralisée. Alors que les épiciers acceptent ces avancées technologiques dans leurs activités, la formation et les investissements supplémentaires dans le capital humain sont négligés. Ceci doit changer.

Pour les épiciers du marché actuel, il est essentiel de tirer profit de l’économie actuelle. La jeune génération ne voudra pas attendre les changements de limitations du modèle d’affaires. Les consommateurs veulent la commodité et en paieront le prix la plupart du temps. Les stratégies uniques de la chaîne d’approvisionnement et les innovations technologiques continues d’Amazon ont changé la gestion de la chaîne d’approvisionnement dans le secteur de l’épicerie. Avant l’acquisition de Whole Foods, certains investissements étaient en cours et des changements étaient devenus évidents. Toutefois, les épiciers réalisent maintenant que les avancées imminentes dans la robotique, les drones et autres véhicules autonomes ne peuvent que renforcer Amazon. C’est le signal d’alarme dont l’industrie a besoin pour assurer sa propre survie.

Dr Sylvain Charlebois effectue des recherches dans le vaste domaine de la distribution alimentaire, de la sécurité et de la sûreté. Il a écrit quatre livres et de nombreux articles scientifiques revus par des pairs, dont plus de 500 au cours de sa carrière. Ses recherches ont paru dans des journaux comme The Economist, le New York Times, le Boston Globe, le Wall Street Journal, le Foreign Affairs, le Globe & Mail, le National Post et le Toronto Star.

krystle

A propos de l'auteur

En tant que Voix des détaillantsMC au Canada depuis 1963, le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) représente 45 000 commerces de détail indépendants, régionaux et nationaux de grande distribution et de spécialité, et marchands en ligne offrant des marchandises diverses, des produits de pharmacie et des produits d’épicerie.

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